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26 juillet 1830, débuts d’une révolte

 
“J’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du Roi d’Angleterre” avait coutume de lancer Charles X à sa cour de fidèles. Autant dire que pour celui qui avait émigré dès les premiers jours de la Révolution de 1789, l’histoire s’était arrêtée à l’Ancien Régime et, lorsqu’il accède au trône à 67 ans en 1824, restaurer la monarchie absolue de droit divin est plus qu’une évidence, c’est renouer avec la chaîne éternelle du temps.
 
Pour n’avoir pas compris que la société française avait évolué avec les Lumières et la Révolution, durant l’été 1830, Charles X va en quelque sorte saborder son règne en publiant des ordonnances qui visent à écraser l’opposition libérale, majoritaire à la Chambre des Députés depuis les dernières élections de juin.
 
Ainsi le 26 juillet 1830, dès la parution du « Moniteur », journal officiel du gouvernement français, l'opinion publique parisienne est en émoi en apprenant le rétablissement de la censure, la restriction du corps électoral aux seuls grands propriétaires fonciers, la nomination de personnalités ultra-conservatrices aux plus hautes fonctions ou encore la convocation de nouvelles élections pour septembre.
 
Du jour au lendemain, 60 000 bourgeois parisiens sont privés de leur droit de vote. C’est le monde de la boutique, du commerce et de l’artisanat, de la petite industrie, des professions “libérales” de tendance plutôt progressiste (médecins, avocats, journalistes, professeurs, etc..) qui est écarté de la représentation. Ceux qui se font souvent le relais des classes populaires, elles-mêmes privées du droit de vote car incapables d’acquitter l’impôt donnant accès aux élections, le cens.
 
En début d’après-midi, les propriétaires et journalistes de différents quotidiens organisent la résistance. Au “National” qui milite pour une monarchie parlementaire sur le modèle de la «Glorieuse Révolution» anglaise de 1688, une édition spéciale paraît appelant à la grève de l’impôt. Adolphe Thiers rédige ensuite une protestation solennelle, qui sera signée par 44 journalistes en vue d’être publiée le lendemain par trois journaux, Le National, Le Globe et Le Temps :
 
« Le régime légal est [...] interrompu, celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. [...] Aujourd’hui donc, des ministres criminels ont violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essaierons de publier nos feuilles sans demander l’autorisation qui nous est imposée. » Protestation des 44 journalistes du 26 juillet 1830. »
 
Le même après-midi, les députés libéraux présents à Paris cherchent à s’organiser mais le calendrier les dessert. L’ouverture de la session parlementaire étant prévue début août, peu d’élus se trouvent à la capitale le 26juillet, nombreux demeurent encore dans leurs départements. A deux reprises, le député Louis Bérard, aujourd’hui oublié par l’histoire, essaie vainement de faire signer à une quinzaine de ses collègues une protestation envers le Roi au nom des Chambres. Beaucoup cependant, dans la mesure où se sont des personnages importants de l’industrie ou de la haute fonction publique, redoutent pour leurs situations la réaction du gouvernement, ce qui fera dire à Bérard qu’il ne s’attendait pas “à trouver tant de poltrons réunis”.
 
Sans débouché politique, c’est de la rue que la contestation va s’amplifier. Quelques attroupements commencent à se former au Palais Royal, place du Carrousel et place Vendôme sous l'impulsion de l'Association des Patriotes, une société secrète formée essentiellement d’étudiants et d’ouvriers, de tendance républicaine, forte de 12 à 15.000 membres et soutenue par La Fayette, le héros de l’indépendance américaine et de la Révolution de 1789. Organisée de manière quasi-militaire, durant la soirée et la nuit du 26 juillet, ses dirigeants mobilisent leurs troupes pour lancer une insurrection.
 
Tandis qu’un calme trompeur tombe sur Paris qui s’endort dans l’inquiétude du lendemain, en sourdine, l’Association des Patriotes s’attaque aux deux seuls moyens de communication dont disposait l’administration pour assurer la liaison avec les préfectures et les régions militaires pour appeler des renforts : les liaisons terrestres et le télégraphe Chappe. Pompiers, cochers et charretiers sont alertés avant l'aurore afin qu’aucune diligence ou malle-poste ne quitte Paris tandis que des équipes de jeunes gens escaladent tours et clochers pour saboter le plus grand nombre possible d’installations télégraphiques.
 
Préparant une véritable guérilla urbaine qui pourrait durer plusieurs jours, les lampes à gaz de la capitale sont brisées, et dans le quartier du Palais Royal, siège de la famille d’Orléans qui incarne, aux yeux de beaucoup, une possible alternative libérale au régime, une première échauffourée avec les forces de l’ordre, vite réduite, se produit.
 
Ce soir du 26 juillet 1830, en coulisses s’affairent plusieurs mouvements contestataires dont la jonction n’est pas encore faîte. Orléanistes libéraux partisans d’une monarchie tempérée, vieux soldats bonapartistes nostalgiques de l’Empire et de ses gloires, démocrates et républicains désireux de renouer avec le fil interrompu de 1792, de Valmy et de la Marseillaise, tous oeuvrent pour l’accomplissement de leurs ambitions tandis qu’au seuil de l’insurrection des 3 Glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, les monarchistes “ultra” estiment la situation assurée. Dès le matin pourtant, les premières barricades surgiront. Paris renoue avec la Révolution.
 
Illustration : Lecture des Ordonnances dans le Moniteur, au jardin du Palais Royal. BNF.