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15 décembre 1840, retour des cendres de Napoléon 1er à Paris

 
Dans les jours les plus sombres de Sainte-Hélène, il l’avait dit à ses compagnons : “Vous entendrez encore Paris crier “Vive l’Empereur !...
 
Napoléon ne s’était pas trompé. Ce 15 décembre 1840, malgré un froid soutenu de moins 10 degrés, un million d’hommes, de femmes et d’enfants se sont pressés tout au long du parcours que son cercueil doit emprunter. Du pont de Neuilly jusqu’aux Invalides, la foule des spectateurs est prodigieuse. Même les toits des maisons sont couverts. L’impatience, l’excitation, la peine et la joie se mêlent dans une attente insoutenable. Soudain, à trois points différents de l’horizon, le son du canon éclate provoquant le silence. Le soleil voilé jusqu’à ce moment, reparaît en même temps. L’effet est prodigieux.
 
Le char s’ébranle, on commence à l’entrevoir. Alors, dans un triste et fanatique amour, tous l’acclament tandis que le cercueil passe sur un pavois au dessus du battement des coeurs des vétérans et de l’inclination terrible de leurs drapeaux.
 
Victor Hugo évoquera cette journée dans Les Rayons et les Ombres :
Ciel glacé ! soleil pur ! Oh ! brille dans l’histoire ! Du funèbre triomphe, impérial flambeau ! Que le peuple à jamais te garde en sa mémoire Jour beau comme la gloire, froid comme le tombeau.
Avec le sarcophage impérial, transporté sur un char long de 30 mètres & haut de 10, orné de 14 statues représentant les victoires les plus éclatantes de l'Empire & tiré par 16 chevaux, passe l’époque la plus haute peut-être de l’Histoire. Que de sang, que de larmes, mais que de grandeur ! 20 ans durant, la France fût maîtresse de la terre, dans un tumulte d’orgueil que Rome même ne connut pas.
 
A présent gouvernée par un régime prospère, la France est une Nation “qui s’ennuie” selon le mot de Lamartine. C’est à cette “Grande Nation” que le peuple pense, secoué dans la moelle et les os. Les deuils avaient passé, on oubliait le despotisme pour ne voir que la gloire. Célébrée par les auteurs romantiques en mal d’épopées, l’aventure impériale sort de l’Histoire pour devenir une Légende. Il n’y avait pas de lèvres qui ne tremblât aux noms d’Arcole, de la Bataille des Pyramides, d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland, de Wagram. Ainsi une fois encore Napoléon revenait sans craindre, comme en 1815 de Waterloo. Il était invincible parce qu’il était mort.
 
 
“A bas les traîtres de 1815” gronde maintenant l’opinion. Quand on aperçoit le Général Bertrand (1773 - 1844), compagnon d’exil de Napoléon dans sa dernière demeure, marcher près du char, tête courbée et égaré par ses souvenirs, la foule s’écrie, le payant d’un coup des années de Sainte-Hélène “Vive la fidélité !
 
Le cortège passe alors sous l'arc de triomphe de l'Étoile, descend les Champs Élysées, traverse la place de la Concorde puis se dirige vers les Invalides. Une foule impressionnante s'est massée sur le parcours. En présence du roi Louis-Philippe Ier, de son fils le Prince de Joinville et de toute la famille royale, laquelle entend incarner une royauté populaire, nationale et citoyenne depuis son accession au trône à la faveur d’une Révolution en juillet 1830, l'Eglise du Dôme reçoit dans l'après-midi le cercueil contenant les cendres de l'Empereur.
 
 
Deux heures durant est célébré l’office des martyrs par l’Archevêque de Paris.
Tandis que le roi Louis-Philippe 1er se voit présenter par le maréchal Soult (1769 - 1851) l’épée d’Austerlitz & de Marengo, il demande au Général Bertrand de placer celle-ci sur le cercueil de l’Empereur. Le vieux militaire tremble trop pour accomplir cet ultime devoir. Le général Gourgaud (1783 - 1852) s’en acquitte à sa place. Enfin, alors que depuis quinze jours qu’il était à l’agonie, il pressait son médecin de le faire vivre jusqu’à la cérémonie fatale, le service religieux terminé, le maréchal Moncey (1754 - 1842) se fit porter jusqu’au catafalque, prit l’aspersoir, jeta l’eau bénite et lança le mot de la fin : « Et maintenant, rentrons mourir.»
 
Napoléon Bonaparte, selon sa volonté, reposait à jamais « sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français qu'il a tant aimé ».
Illustrations :
  • en couverture : Le char funèbre de Napoléon traverse la place de la Concorde, Jacques Guiaud, Château de Versailles.
  • Ouverture du cercueil de Napoléon dans la vallée du Tombeau à Sainte-Hélène le 15 octobre 1840, gravure de Nicolas Eustache Maurin.
  • Le char funèbre de Napoléon se dirige vers les Invalides, d'après Adolphe Jean-Baptiste Bayot et Eugène Charles François Guérard. Musée de l’Armée, Paris.